Eglise Saint-Marcellin
Névache
Histoire
Édifice religieux majeur de la vallée de la Clarée, l'église Saint-Marcellin est un joyau du XVème siècle : son style architectural roman-lombard, sur le modèle de la cathédrale d’Embrun, emprunte aux techniques décoratives italienne et provençale, et est typique du style gothique tardif dans le Briançonnais.
D’abord connue sous le nom d’église Saint-Pélade, elle prit par la suite le nom du premier évêque d'Embrun : Saint-Marcellin (qui donna également son nom à une multitude d’églises dans les Hautes-Alpes).
Située sur la commune de Névache, et plus particulièrement au cœur du hameau de Ville-Haute, l’église Saint-Marcellin fut édifiée en 1490 sous l'impulsion de Charles VIII lors d'un pèlerinage à Notre-Dame d'Embrun, en pleine période de réorganisation religieuse après la grave épidémie de peste ayant sévi dans toute l'Europe au XVème siècle.
Si les inscriptions 'Karolus 1498' et 'Anno Domini 1490' sur les portes en pin cembro de l'église viennent attester cette date d'édification, l'église a cependant été construite à l'emplacement d'un édifice bien plus ancien.
Selon la tradition locale, elle aurait remplacé un château-fort du XIème siècle, dont la tour aurait servi de base au clocher actuel. En effet, le 'Castrum de Navaschia', la demeure des seigneurs de Névache – qui ressemblait à ses débuts davantage à une motte castrale qu'à un château – se situait très probablement tout d'abord sur le promontoire rocheux (la Tarroche) surplombant le hameau de Ville-Haute, puis fut reconstruit ensuite à l'emplacement actuel de l'Église Saint-Marcellin. La nef de deux travées voutées d'ogives, ainsi que le chœur, prennent appui sur la tour de cette ancienne demeure seigneuriale, datant du XIème siècle, qui est aujourd’hui ce clocher en pierre si reconnaissable dans le style roman-lombard. Sous ce clocher fut d'abord aménagé une prison, qui servit ensuite d’entrepôt des archives sous la Révolution.
Cette église est l’un des rares édifices à être signé par son architecte. En effet, sur une des pierres du portail sud est inscrite la signature de l'architecte du Roi, Rémy Fantin (malheureusement abimée pendant la Révolution française). La signature est déchiffrable sous forme de rébus musical composé de trois notes : ré, mi, fa, suivies des lettres TIN, le tout surmonté d'une couronne. On retrouve également cette signature sur l’église Saint-Michel de Cervières.
Les portes en pin cembro magnifiquement sculptées d'entrelacs gothiques et draperies en plis ont été classées Monument Historique dès 1906. Merveilleusement bien conservées, on peut y lire l’inscription Karolus 1498 citée plus haut, des scènes de l’évangile et les portraits de Saint-Marcellin et de Saint-Antoine.
La face sud du clocher surplombant le cimetière est décorée d'un cadran solaire du XIXème réalisé par le célèbre cadranier Giovani Francesco Zarbula, originaire de la vallée de Bardonnèche située de l’autre côté du col de l'Échelle.
Une église qui a évolué à travers les siècles
L’histoire de l’église est ponctuée de modifications et de restaurations. Un vitrail du XVe siècle, représentant le Christ en croix entouré de la Vierge et de Saint-Jean, orné des blasons de France et du Dauphiné, fut remplacé au XIXe siècle par des vitraux modernes. Des inscriptions attestent de dates clés : 1490 (porte sud), 1498 (vantaux occidentaux), 1532 (consécration), et 1537 (lambris de la nef). EN 1633, le clocher est surélevé d’un ou deux étages (les archives ne permettent pas d’être certain du nombre d’étages), avec l’ajout de la flèche. Une restauration en 1769 est signalée par un chapiteau remployé, tandis que des tirants en fer, ajoutés au début du XXe siècle, renforcent la structure. Enfin, au début du XIXème siècle, la chapelle est démolie puis reconstruite au sud du chœur.
Dans la même veine, le mobilier et la décoration intérieure reflètent des époques variées. Le chœur, autrefois enrichi de blasons royaux et dauphinois, témoigne des liens entre l’église et les pouvoirs locaux. Les cordons de l’Ordre de Saint-Michel, présents sur l’ancien vitrail, suggèrent une protection ou un mécénat noble. La sacristie, adjacente au chœur, et le chœur des chantres polygonal, ajouté ultérieurement, complètent l’ensemble. Cependant, malgré les transformations (remplacement des vitraux, ajouts de tirants), l’église reste un exemple remarquable d’architecture religieuse alpine, mêlant fonctions paroissiales, symboles de pouvoir, et adaptations aux besoins liturgiques à travers les siècles.
Outre les portes en pin en 1906, l'église a par la suite été entièrement classée aux Monuments Historiques en 1914.
Des travaux de réfection des fresques furent menés à bien entre 1997 et 1999, ainsi qu’une réfection des cadrans solaires en 2015.