Eglise de la transfiguration
Saint-Sauveur
Au cœur des Hautes-Alpes, l'Eglise de la Transfiguration (XVe et XVIe) domine la vallée de la Durance et présente des peintures murales de grande qualité.
Dominant la large vallée de la Durance, elle offre un panorama grandiose du Grand-Morgon, en passant par les Aiguilles de Chabrières, le Mont-Guillaume jusqu’à à la tête de Clotinaille, surplombant la ville d’Embrun et le lac de Serre-Ponçon.
Historique de construction
Seuls quelques documents d’archives du 18ème siècle concernant l’église de la Transfiguration à Saint-Sauveur sont parvenus jusqu’à nous. Leur contenu ne permet pas d’écrire l’histoire de cet édifice. En revanche, l’analyse architecturale permet l’hypothèse d’une construction en deux ou trois phases durant le 15ème siècle, à partir d'un édifice ancien.
Ainsi, une première phase de construction a consisté en l'ouverture des murs est, nord et sud d'un premier bâtiment. Durant cette phase, le chœur et les chapelles du faux transept ont été érigés. Les similitudes entre les chapiteaux de ces espaces et ceux de l'église des Cordeliers, dans la ville voisine d’Embrun, permettent de proposer une datation du deuxième quart du 15ème siècle. Il est d’ailleurs possible que les maîtres maçons de l'église des Cordeliers, Luc et Raymond Subtuzia, aient été employés sur cet édifice. À la suite de ce premier chantier, une seconde phase de construction est lancée pour ouvrir le mur occidental de l'ancien édifice et y greffer le volume de la nef. Cette phase a sans doute lieu dans le troisième quart du 15ème siècle. Les chapiteaux aujourd'hui entreposés dans la nef, appartenant probablement à l'ancien porche du portail occidental, portent la date de 1465. Ils offrent peut-être un terminus ante quem à l'achèvement de l'église.
Le clocher qui porte la date de 1533 est le dernier élément structurel bâti. À cette date, l’église est mentionnée sur le Panorama de l’Embrunais observé depuis le Mont Guillaume conservée aux archives d’Embrun.
Trois financeurs potentiels ont été identifiés : le chapitre cathédral, la famille Isnard et le Dauphin. Cependant, aucun document d'archives n'a pu contextualiser ces possibles mécénats.
Au 18ème siècle, des sacristies sont construites de part et d'autre du chœur.
Description
L'église de la Transfiguration a été érigée dans le hameau de l'Église, le chef-lieu du village. Elle est bâtie sur un replat qui ouvre sur la vallée et son grand paysage. Par ce choix de cette localisation, l'église est visible depuis le pont de Savines-le-Lac, situé à quinze kilomètres.
La façade occidentale est percée par un portail en arc brisé construit en marbre rose et dont les voussures toriques alternent avec de forts redents. Les retombées des voussures sont soutenues par deux colonnettes reliées par un chapiteau-frise (également nommé pseudo-chapiteau). Celui-ci forme un bandeau décoratif orné de motifs floraux habités par deux masques anthropomorphes et au sud, une fleur de lys.
A l’extrémité orientale existait une porte rectangulaire, aujourd’hui bouchée.
Le clocher a un plan carré, et est construit en deux parties : un niveau bas bâti en moellon de pierre liés au mortier dont les angles sont chaînés en marbre rose, et un niveau haut, en moyen appareil de marbre rose.
Une flèche octogonale sur plateforme coiffe la tour. Elle est bâtie en pierre liées au mortier. Sur ses pans droits, des lucarnes sont maçonnées. Aux angles de la plateforme, des pinacles pyramidaux se dressent sur de hauts socles octogonaux. À leur pied, des gargouilles ont été installées.
L’écu orné d’un dauphin et de la date de 1533 est apposé au nord-ouest.
La travée centrale est un volume qui a fait l'objet de multiples transformations pour acquérir sa forme - et vraisemblablement sa fonction - actuelle. Tous ses murs ont été éventrés pour permettre la greffe de nouveaux volumes. A l'est et au sud, de larges arcades en arc brisé ont entièrement remplacé les murs. Au nord, l'arcade est déportée sur le côté ouest du mur, laissant en place un pan de l'ancien mur. A l'ouest, c'est un arc triomphal qui a été créé.
Un décor de faux marbre a été appliqué sur les supports de la travée centrale, l'arc doubleau de la nef et les ogives des voûtes à la fin du 19ème siècle ou au début du 20ème siècle.
Des sources d’inspirations locales
Plusieurs sources d'inspiration locales et quelques innovations sont détectables.
L'église des Cordeliers semble être le modèle prééminent par les rapprochements qui peuvent être faits sur la forme des tailloirs et le style de la sculpture. En effet, certaines têtes anthropomorphes comme celle à deux barbiches sculptée sur le culot nord-ouest de la chapelle sud sont des citations directes des culots des Cordeliers.
Autre source d'inspiration, la nef de l’abbaye de Boscodon construite au 12ème siècle est une référence récurrente pour la majorité des nefs de l'Embrunais reconstruites à la fin du Moyen-Âge.
Le clocher est classé aux monuments historiques en 1949 avant que la protection ne s'étende à la totalité de l'édifice en 1984 à la suite de la découverte des cycles peints iconographiques.