Eglise Saint-Florent
Savines-le-Lac
L’histoire de l’église Saint-Florent est directement liée à celle du barrage de Serre-Ponçon, qui a entrainé la destruction de l’ancien village de Savine à partir de 1960. En effet, le 3 mai 1961, l’ancienne église – qui portait le même nom – est dynamitée.
Projet et plans de construction
L’histoire de cette église remonte à 1954, lorsque l’architecte géorgien Achille de Panaskhet est nommé architecte de la ville. Il est alors chargé de planifier la reconstruction du village : il en établit le plan d’urbanisme et est à l’origine de la conception d’une douzaine de projets communaux (usines, école, gendarmerie, Mairie, poste, Ponts et Chausées, logements collectifs et individuels, aménagement de l’espace public), dont la future église Saint-Florent – du nom de l’évêque d’Orange au VIe siècle.
La conception de l’église apparaît dès les premières réflexions sur la reconstruction du village. Dans les premiers plans, l’église garde une forme classique en croix romaine finissant par une abside. Sa forme triangulaire actuelle n’apparaît sur les plans qu’à partir de 1958. Le presbytère est alors isolé et la chapelle d’hiver est placée à l’ouest. Ce n’est qu’en 1961, au moment où le chantier s’engage, que le plan de l’édifice se stabilise avec une chapelle placée à l’est et une galerie qui le relie au presbytère. Le chantier avance rapidement et l’église est inaugurée le 15 juillet 1962.
Description de l’église
L’église a un plan triangulaire. Elle est reliée au presbytère et aux salles paroissiales par une galerie couverte. Ses deux faces principales s’élèvent en diagonales dissymétriques pour rejoindre le clocher. Celui-ci, effilé, rappelle la forme d’un plongeoir avec sa plateforme et son toit fait d’une fine dalle de béton. La forme triangulaire de la nef dirige le regard vers sa pointe où est installé le chœur. Sur les murs de celui-ci, des bandes de vitraux sont installées à hauteur d’homme pour créer, selon les mots d’Achille de Panaskhet, « deux bras de lumière » qui représentent le chemin de croix. D’ailleurs l’église n’est pas en forme de croix comme souvent mais en triangle qui représente la Sainte Trinité. Le plafond est formé de 3 voûtes en berceau de lambris de mélèze, autre signe du sacré.
Par son plan, l’église prend place dans la lignée des constructions religieuses qui suivirent la seconde Guerre Mondiale. Par son architecture, elle correspond au credo d’Achille de Panaskhet, qui refusait le pittoresque et préconisait un usage de la pierre en dialogue avec le béton. Elle reprend également les grandes caractéristiques des édifices de Savines-le-Lac avec ses allusions aux codes de l’architecture balnéaire (porte-à-faux, dalle en béton, clocher effilé en forme de plongeoir). Pour autant, l’église constitue un bâtiment à part : c’est l’unique monument sur lequel Achille de Panaskhet a inséré des liens mémoriaux avec le village ancien. Ainsi, la voûte en berceau, les corbeaux ondulés et la corniche moulurée sont autant de rappels des formes de l’ancienne église Saint-Florent dynamitée en 1961.
À noter que c’est l’architecte qui a entièrement dessiné les plans, dessins et gouaches de tous les vitraux de l’église.
L’influence de la géographie locale
L'église Saint-Florent étonne et interpelle par sa conception moderne qui évoque l'image d'un navire. En effet, cette église fait penser à la proue d’un bateau tourné vers le lac qui domine le village. Par ailleurs, l’abat-son fait référence aux Demoiselles Coiffées, une particularité géologique locale.
Cette architecture mélange plusieurs types de matériaux : le béton pour le bâtiment ; la pierre pour le baptistère et le sol ; le bois pour le plafond ; le métal pour la porte. Tous ces matériaux sont locaux.
L'église, classée « Architecture contemporaine remarquable », constitue aujourd'hui une étape incontournable des pèlerinages le long des Chemins de Saint-Jacques de Compostelle et de Rome.