Pont de Savines-le-Lac
Savines-le-Lac
Histoire
La construction du Pont de Savines-le-Lac est directement liée à l’histoire du barrage de Serre-Ponçon. La construction du barrage de Serre-Ponçon est initiée en 1955 : le chantier s’achève 54 mois plus tard en juin 1960, en même temps que le pont.
La mise en œuvre de cette grande retenue nécessitait de déplacer les routes qui serpentaient dans le lit de la Durance, dont la RN94, ainsi que la ligne de chemin de fer (14km de voies ferrées). Outre les voies de circulation, il a également fallu déplacer des villages entiers, comme celui d’Ubaye ou de Savine (sans S à la fin), et donc toute la population qui y habitait.
Au niveau du village de Savine, les architectes décident de construire un pont qui permet de rejoindre le nouveau village de Savines-le-Lac. En effet, l’ancien village, situé sur la riche gauche au lieu-dit La Charrière depuis 1825, doit être, par nécessité, détruit et ses ruines englouties sous le nouveau lac. Le pont de Savines-le-Lac surplombe l’ancien village de près de 40 mètres.
Le pont de Savines-le-Lac est inauguré en même temps que le nouveau tracé de la RN94, le 15 mai 1960. C’est une étape importante de la construction du barrage de Serre-Ponçon et de la mise en eaux de la retenue. Le 16 novembre 1959, les vannes sont fermées afin de permettre un remplissage progressif, qui s’achèvera en mai 1961.
Le 3 mai 1961 à 11h45, la mairie, l’école et l’église de l’ancien village de Savine, sont détruites par dynamitage en même temps, sous le regard des villageois et de la presse. Les habitants ont été déplacés dans la nouvelle commune qui s’appelle désormais Savines-le-Lac. C’est un moment d’émotion pour tous ; d’ailleurs, certains villageois n’acceptent pas cette nouvelle localisation et partent s’installer ailleurs. La population recevra, pour la première fois en France à la suite de la construction d’un barrage, une indemnité pour « préjudice moral causé par l’arrachement d’une population à son milieu naturel ». Le 18 mai 1961, pour la première fois depuis la mise en eau de la retenue, le lac est plein : l’ancien village de Savine est définitivement englouti et seul le pont émerge au-dessus de l’eau.
Ce pont a été édifié selon la technique de l’encorbellement successif : la construction se fait symétriquement de part et d’autre de ce qu’on appelle une pile, pour limiter les moments de déséquilibre. Cette technique présente l’avantage de pouvoir réaliser des ouvrages sans contact avec le sol (pas de cintre, d’échafaudage ou d’étaiement en contact avec le sol). Elle est particulièrement adaptée pour le franchissement de rivières, de fleuves et de vallées profondes.
Le pont enjambe l'ancien village sur une longueur totale de 924m et permet donc aujourd’hui à la RN94 en provenance de Chorges de rejoindre Embrun en traversant le lac de Serre-Ponçon à hauteur de Savines-le-Lac : la RN94 est en effet une Grande Liaison d’Aménagement du Territoire, un axe prioritaire entre Marseille et Turin (via le Col de Montgenèvre), et la desserte principale / majeure du département des Hautes-Alpes (axe Gap/Briançon).
Le pont de Savines-le-Lac a été labellisé « Architecture contemporaine remarquable » au même titre que l'ensemble de la commune de Savines-le-Lac.
Le pont en chiffres
Voici quelques éléments chiffrés concernant cette construction en béton précontraint et piles, édifié selon la technique de l’encorbellement successif, et qui permet de relier les rives est et ouest du lac de Serre-Ponçon :
* Longueur : 924m
* Taille de piles : sections carrées de 5m avec une épaisseur de béton de 0,40m
* Les dépenses sont évaluées à environ 50 milliards d'anciens francs, correspondant à plus de 76 millions d'euros actuels
* Inauguration : 15 mai 1960
* Première mise en eau totale : mai 1961
* Dernière grande rénovation / réhabilitation (derniers grands travaux) : 2003/2004
Le Pont surplombe le fond du lac de Serre-Ponçon d’un peu plus de 45 mètres à son maximum : sa hauteur maximale est donc de 45m au centre, mais de 15 mètres aux extrémités. Il est le plus grand ouvrage d’art du département des Hautes-Alpes.
La sécurité et le vieillissement de ce pont (l’un des premiers en France qui emploie la technique du béton précontraint / première génération) font l’objet d’une attention renforcée et de travaux réguliers. La dernière grande rénovation a été effectuée en 2003, mais un suivi visuel régulier est effectué par la DirMed (Direction Interdépartementale des routes Méditerranée), des relevés topographiques d’infrastructure sont effectués avec les équipes de l’IGN sur le pont de Savines-le-Lac et celui du Riou Bourdou. Il subit une grande inspection tous les 3 ans.