Gare de Briançon

Briançon

Gare de Briançon
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L’arrivée du chemin de fer dans le Briançonnais

Au XIXe siècle, l’isolement relatif du Briançonnais constitue un frein aux déplacements des personnes et des marchandises. Avant l’arrivée du train, le voyage entre Gap et Briançon s’effectue principalement en voiture hippomobile et nécessite plus de dix heures, dans des conditions rendues difficiles par le relief et le climat difficile en hiver.

Le chemin de fer atteint finalement Briançon à la mi-septembre 1884, avec l’ouverture du tronçon venant de Mont-Dauphin. Le 15 septembre, le premier train entre en gare à Briançon, et c'est tout le pays briançonnais qui accueille avec enthousiasme ce nouveau moyen de locomotion. La gare est alors exploitée par la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, plus connue sous le sigle PLM. Elle devient le terminus de la liaison ferroviaire remontant la vallée de la Durance depuis Gap et Veynes.

Une gare construite à l’écart de la ville fortifiée

L’emplacement de la gare est directement lié à la présence militaire dans la ville ; en effet, l’installation d’une infrastructure ferroviaire à proximité immédiate des fortifications et des centres militaires n’est pas souhaitée. Le site retenu se trouve donc à 3 kilomètres de la ville ancienne, près du hameau de Sainte-Catherine et de l’usine de la Schappe, alors importante pour l’économie locale.

Cette implantation accompagne progressivement le développement de la ville basse. Toutefois, l’éloignement de la cité fortifiée – bien que voulu – complique initialement l’arrivée des voyageurs. Un hôtel est édifié à proximité afin de les accueillir dès leur descente du train, et l’arrivée du chemin de fer contribue ainsi à déplacer une partie des activités urbaines vers Sainte-Catherine : autour de la gare apparaissent des équipements, des commerces, des hébergements et des services associés au transport ferroviaire. Le quartier devient progressivement une nouvelle porte d’entrée de Briançon.

Un ensemble ferroviaire conçu pour plusieurs usages

La gare ne se limite pas au bâtiment destiné aux voyageurs. L’ensemble ferroviaire comprend également un bâtiment de fret, des bureaux, des logements de cheminots, un château d’eau, une rotonde pour les locomotives et un pont tournant. La rotonde possède six emplacements, dont la moitié n’est plus opérationnelle aujourd’hui.

Au début du XXe siècle, les installations se développent avec la création d’embranchements destinés aux activités industrielles et aux besoins militaires. La gare assure notamment l’expédition de marchandises et du charbon, tout en jouant un rôle stratégique pour les troupes stationnées dans cette ville frontière.

Les collections des Archives départementales des Hautes-Alpes conservent plusieurs photographies et cartes postales anciennes de la gare. Une vue datée de 1899 témoigne de l’importance prise très tôt par le nouvel équipement dans le paysage briançonnais.

La gare joue également un rôle important lors des deux guerres mondiales, lorsque les besoins militaires entraînent une augmentation des convois affectés au transport des hommes et du matériel.

Le rêve inabouti d’une liaison avec l’Italie

La gare de Briançon est pensée à une époque où l’on envisage encore une grande liaison ferroviaire internationale à travers les Alpes. Plusieurs itinéraires sont étudiés afin de prolonger la voie vers l’Italie, notamment en direction de Bardonnèche ou d’Oulx, par le Montgenèvre ou le col de l’Échelle. Ainsi, en 1907, un congrès international organisé à Briançon examine plusieurs propositions de franchissement ferroviaire de la frontière, dont des projets de tunnels sous le Montgenèvre ou le col de l’Échelle, ainsi qu’un chemin de fer à traction électrique équipé d’un rail central. Cependant, aucun de ces projets n’aboutit et Briançon conserve son statut de terminus.

Cette vocation internationale inachevée explique néanmoins l’ampleur des installations ferroviaires et l’importance symbolique donnée à la gare lors de sa construction. Le site reste le témoignage matériel d’une ambition qui dépassait largement la desserte locale du Briançonnais.

La gare, moteur du tourisme et de la transformation urbaine

L’arrivée du train favorise le développement touristique de Briançon. La compagnie PLM participe à la promotion des Alpes, des sports d’hiver et des itinéraires touristiques de montagne. Dans l’entre-deux-guerres, ses services ferroviaires et automobiles contribuent à relier la gare aux sites alpins, notamment vers le Lautaret et les vallées environnantes. Après la Seconde guerre mondiale, elle demeure une infrastructure essentielle pour l’accès aux stations de sports d’hiver et pour les liaisons entre les Alpes du Sud, Marseille et Paris.

Aujourd’hui, la gare de Briançon reste desservie par les trains régionaux et accueille la liaison ferroviaire nocturne avec Paris. Dans l’optique des Jeux Olympiques d’hiver 2030, le site est appelé à conserver un rôle majeur dans les mobilités alpines. La Région Sud prévoit la création d’un pôle d’échanges multimodal destiné à faciliter les correspondances entre le train, les autocars, le vélo et les autres modes de déplacement. Le projet comprend notamment une passerelle piétonne reliant le quartier de la gare à celui du Parc des Sports.

Plus de cent quarante ans après l’arrivée du premier train, la gare demeure ainsi un élément central du patrimoine de Briançon. Au-delà de sa fonction de transport, la gare a donc participé à la naissance et à la structuration d’un nouveau quartier. Son implantation a durablement modifié l’organisation de la ville, en renforçant le développement de Sainte-Catherine et de la ville basse face au centre ancien fortifié. Terminus ferroviaire, équipement militaire et industriel, moteur du tourisme puis pôle de mobilité, elle raconte à la fois le désenclavement du Briançonnais et la transformation de la ville contemporaine.


 

 

 

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