Communication Y
Briançon
La construction
L'ouvrage apparaît - en projet, et sous une forme simplifiée - sur un plan de 1711, en pleine guerre de succession d'Espagne, et au moment où les positions des Têtes et du Randouillet ne sont encore organisées qu'en fortifications passagères. Tombé dans l’oubli pendant une dizaine d'années, l'ouvrage réapparaît en 1721 dans les avant-projets pour les forts permanents, et sera construit entre 1724 et 1734. Sa dénomination « Y » vient de l’atlas militaire qui classait les ouvrages avec des lettres de l’alphabet. Ne cherchez donc pas une quelconque ressemblance avec la lettre Y !
La communication Y est une double caponnière : un élément de fortification dont le rôle est de menacer les attaquants dans les fossés par des tirs de flanquement. L’ouvrage consiste en un bâtiment-tunnel rectiligne de 150 m de long x 9 m de large, constitué par une grande galerie de 4, 50 m de large, voûtée en plein-cintre, pénétrée de lunettes correspondant aux 26 fenêtres, côté ouest, et aveugles côté est. Le sol est en terre battue ; la rampe nord est taillée en gradins horizontaux, sans doute pour l'adapter à sa fonction de magasin, après déviation de la route. À l'origine, le bâtiment était ouvert aux deux extrémités.
La galerie est traversée, perpendiculairement, en son milieu, par le passage couvert de l'ancienne route de fond de vallée, passage assuré par deux portails en plein-cintre à voussoirs passants un-sur-deux, surmontés à l'extérieur d'une plaque saillante portant gravée l'inscription « Communication Y ».
On remarque, saillant du nu extérieur des murs latéraux, les gargouilles en pierre d'évacuation des eaux de pluie.
Fonction
Ouvrage atypique dans l’histoire de la fortification, ce passage couvert avait une triple fonction : assurer la communication du fort des Trois Têtes avec celui du Randouillet, barrer le vallon de Fontchristiane et protéger le bassin de réception de sources constituant une des ressources en eau de la forteresse. D’une contenance de 55 m3, la citerne était approvisionnée par des sources captées dans le vallon ; l'eau arrivait ensuite dans des bourneaux (tuyaux creusés dans du mélèze), était puisée par les soldats et transportée vers les forts dans des tonneaux chargés sur des mulets.
La communication Y était organisée pour barrer la vallée et interdire le cheminement Pont-de-Cervières-Fontenil/La Vachette, tant vers l'est que vers l'ouest. Véritable porte de défense en cas de tentative d’approche des forts, les soldats ennemis se trouvaient bloqués en amont comme en aval de l’ouvrage par une série de fossés et chemins couverts encadrés de demi-bastions.
Ayant peu à peu perdu toute utilité, l'ouvrage est pratiquement désaffecté, et le passage central converti en magasin d’artillerie : il sert de dépôt de matériel pour l’Armée française jusqu’en 1947.
Il s’agit néanmoins d’un ouvrage rare et curieux en lui-même sur le plan de l'histoire de la fortification, d'autant plus qu'il relie deux gros ouvrages également conservés, et forme avec eux un ensemble indissociable et probablement unique.