Village perché d'Antonaves
Val Buëch-Méouge
Un village entre Méouge et montagne
Installé à environ 620 mètres d’altitude, Antonaves occupe un site privilégié au débouché des gorges de la Méouge, à proximité de sa confluence avec le Buëch. Le territoire de l’ancienne commune s’étend de la vallée, à environ 510 mètres d’altitude, jusqu’aux reliefs du mont Burlet et du pic Saint-Cyr, qui culminent respectivement à 1 414 et 1 365 mètres.
Avec ses falaises calcaires, terres marneuses, versants boisés et plaines irriguées, ce paysage contrasté a profondément influencé l’implantation humaine et les activités agricoles. Les sols, souvent secs, peu profonds et difficiles à cultiver, ont nécessité un travail d’aménagement conséquent, dont témoignent encore les terrasses, les murs en pierre sèche, les canaux et les digues.
Un territoire habité depuis l’Antiquité
L’occupation du territoire d’Antonaves est ancienne. Au nord du village, les abris naturels de la barre des Maurels, également appelée barre des Daumas, pourraient avoir été fréquentés dès la Protohistoire. Le pic Saint-Cyr semble lui aussi avoir accueilli une occupation ancienne.
Plusieurs indices témoignent également d’une présence à l’époque romaine. Des fragments de tuiles antiques ont été découverts dans différents secteurs, notamment près des Granges, de la Tuillière, du pic Saint-Cyr et aux abords du village. La présence d’un ancien établissement artisanal lié à la fabrication de tuiles est envisagée dans le quartier de la Tuillière.
Un prieuré millénaire
L’histoire médiévale d’Antonaves est étroitement liée à l’abbaye de Montmajour, près d’Arles. Dès 963, le roi Conrad de Bourgogne et de Provence confirme à l’abbaye la possession de la cella d’Antonaves. Cette implantation monastique est à l’origine d’un prieuré fondé au Xe siècle, autour duquel s’est développé le village. Une église Sainte-Marie d’Antonaves est mentionnée en 1152.
Le prieur disposait de droits importants sur le territoire. Il percevait notamment les revenus des prieurés d’Éourres et de Lachau, ainsi que certains droits à Châteauneuf-de-Chabre et à Pomet. Seigneur temporel et décimateur de la paroisse, il conserva ses prérogatives jusqu’à la Révolution française.
Le Moyen-Âge fut une période troublée pour Antonaves : le prieuré fut temporairement occupé pendant les conflits opposant Gascons et Provençaux au XIVe siècle. En 1390, le village fut pillé par des cavaliers appartenant à l’armée de Raymond de Turenne. Pendant les guerres de Religion, dans les années 1580, le capitaine protestant Blaise Penchinat s’empara à son tour de la seigneurie.
Une vallée longtemps enclavée
Pendant longtemps, Antonaves resta difficile d’accès. À la veille de la Révolution, les chemins étaient décrits comme dégradés et souvent impraticables, si bien que les marchandises devaient être transportées à dos de mulet.
Un pont sur la Méouge fut construit en 1820 aux frais des communes d’Antonaves et de Châteauneuf-de-Chabre. Régulièrement endommagé par les crues, il dut être réparé à plusieurs reprises au cours du XIXe siècle. Sur la route reliant Laragne à Sisteron, un autre pont, partiellement détruit par la crue de 1882, fut remplacé en 1889 par un ouvrage métallique. Le chemin menant au village ne fut goudronné qu’en 1957.
Une communauté rurale aux multiples savoir-faire
Malgré des terres difficiles, les habitants d’Antonaves ont développé une agriculture diversifiée. Les cultures vivrières associaient céréales, lentilles, fèves, légumes, vignes, vergers et prés de fauche. Quelques brebis, chèvres et cochons complétaient les ressources des familles. Ce modèle d’autosubsistance s’est maintenu jusqu’au milieu du XXe siècle.
La vigne occupait autrefois une place importante sur les coteaux autour du village et au pied des falaises des Daumas. Elle est attestée dès le début du XVIIe siècle et demeure très présente jusqu’à la crise du phylloxéra, dans les années 1870 et 1880. Quelques maisons conservent des installations liées à la vinification.
Antonaves était également connu pour la culture du chanvre et la qualité de ses tissages. Jusqu’au début du XXe siècle, les artisans locaux fabriquaient notamment des dessus-de-lit appelés « vannes », appréciés pour leur texture régulière et leur résistance. Le dernier tisserand du village mourut en 1914.
D’autres productions complétaient cette économie rurale. Les amandes étaient vendues à Ribiers et à Sisteron, tandis que les noix servaient à produire de l’huile. L’élevage des vers à soie, nourris avec les feuilles des mûriers, apporta un revenu complémentaire aux habitants jusqu’à la fin des années 1930. La récolte du tilleul demeura pratiquée jusque dans les années 1970.
Entre 1900 et 1920, la récolte de la lavande sauvage animait les montagnes autour d’Antonaves. Plusieurs alambics étaient installés dans le village, aux Granges et à la Tuillière, tandis que des distillateurs venus de Grasse s’établissaient temporairement près du pont de Gironde. Quelques champs furent encore cultivés entre les années 1930 et 1960, et de nouvelles plantations sont aujourd’hui visibles au sud du village.
Domestiquer les eaux de la Méouge
La proximité de la Méouge constituait à la fois une ressource et une menace. Ses eaux permettaient d’arroser les prés et les cultures, mais ses crues emportaient régulièrement les terres les plus fertiles. Dès le XIXe siècle, les habitants se regroupèrent au sein d’associations syndicales pour construire des digues et organiser l’irrigation.
Une importante digue fut construite en 1829 et 1830 pour protéger le quartier de la Prairie. Détruite par la crue de novembre 1843, elle fut ensuite reconstruite et régulièrement renforcée. En 1858, une association fut créée afin d’aménager un canal d’arrosage alimenté par la Méouge. Ces ouvrages ont permis de valoriser les terrains plats de la vallée, où les vergers de pommiers constituent aujourd’hui l’une des principales productions agricoles.
Du dépeuplement au renouveau
Antonaves connut son maximum démographique pendant la première moitié du XVIIIe siècle, avec environ 335 habitants. Après un nouveau pic de plus de 300 habitants dans les années 1820, la population diminua progressivement pour atteindre 62 habitants en 1968.
Au cours du XXe siècle, l’abandon des fermes isolées et le départ des habitants entraînèrent la dégradation du village. L’école, qui accueillait encore 29 élèves en 1933, ferma ses portes en janvier 1962 alors qu’elle n’en comptait plus que sept.
L’effondrement d’un mur de soutènement de la Calade, le 31 janvier 1959, marqua cependant le début d’un renouveau. Avec l’aide de volontaires du Service civil international, les rues, les chemins et les murs furent consolidés. Des maisons furent restaurées en résidences secondaires, des gîtes communaux furent construits et le village se dota d’armoiries en 1961.
Le 14 août 1961, la célébration du « millénaire d’Antonaves » donna lieu à plusieurs journées de festivités et à l’inauguration symbolique de la renaissance du village. Après avoir atteint son niveau le plus bas en 1968, la population recommença progressivement à augmenter. Antonaves comptait 179 habitants en 2013. Depuis le 1er janvier 2016, l’ancienne commune fait partie de Val Buëch-Méouge.