Fort des Gondrans
Montgenèvre
La construction
À l'origine, une étude pour la fortification du plateau du Gondran, à 2460m d’altitude, avait été réalisée par Vauban puis par l'ingénieur Richerand en 1692-1693. Cependant, l'occupation du Gondran ne se concrétisa que 200 ans plus tard, en 1873, par le Comité de Défense. Les travaux commencèrent en juin 1876 (en même temps que ceux du fort de l’Infernet) et s'achevèrent en octobre 1881. Quatre retranchements d'infanterie et neuf batteries d'artillerie sont installés. La crise de l'obus-torpille (1885) oblige l'amélioration des lignes défensives, et les quatre ouvrages sont alors transformés en ouvrages d'infanterie.
Avant 1914, le plateau est équipé en abris et en batteries d'artillerie. Dès 1926, après une période de paix suite à l’armistice de 1918, on recommence des projets de défense. Un autre ouvrage d'infanterie est donc construit entre 1933 et 1938.
L'ensemble se présente sous la forme d'édifices fortifiés dispersés (principalement des blockhaus), de batteries d'infanterie et de baraquements. Parmi les organes de combat, on peut noter un corps central comprenant six casemates de logement, ainsi qu’un abri de combat en béton recouvert d'une dalle de béton implanté sous la cour centrale. Une infrastructure souterraine est également présente, composée d'une galerie principale sur laquelle se greffent des salles occupant diverses fonctions, reliée à l'extérieur par quatre blocs bétonnés.
La fonction du fort
D’après les plans de 1693, le fort devait faire partie d’une ligne globale de retranchements tenaillés (projet finalement sans suite), ceci pour surveiller et défendre le col du Montgenèvre et couvrir ses approches au sud-ouest.
Le plan-type de redoute proposé est, en fait, une sorte de corps de garde défensif, préfigurant nettement, avec deux siècles d'avance, les blockhaus de montagne des années 1890.
À l'époque, il ne s'agissait que de réaliser, pour des troupes de campagne, une sorte « d'ossature du champ de bataille », pour protéger un sentier venant du Mont Genèvre et par lequel un adversaire pouvait menacer Briançon. Il s’agissait en fait d’une position d'avant-poste à 2km du fort de l'Infernet. Cependant, les rôles s’inversent à partir de la crise de l'obus torpille (1885), et compte tenu de l'évolution de la puissance de l'artillerie, d'une part, et des rapports avec l'Italie d'autre part, la doctrine de défense va évoluer sensiblement dans le sens du renforcement progressif des Gondrans en position principale de résistance, tandis que l'Infernet, adossé au vide et non susceptible d'extension, passe peu à peu au rôle d'ouvrage de deuxième ligne, ou de soutien.
Contrairement à certains ouvrages des fortifications briançonnaises qui ne furent jamais attaqués, les structures du fort des Gondrans participèrent aux combats de juin 1940 et subirent le feu de l'artillerie italienne. Malgré ces bombardements, l'ensemble de l'organisation, à savoir routes, fontaines, baraques, et autres ouvrages admirablement intégrés au paysage du haut plateau, est toujours visible.