Après le virage, c'est chez moi

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Après le virage, c'est chez moi
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En 2026, le centre d’art contemporain Les Capucins a quinze ans. Un centre d’art adolescent, qui a grandi bien entouré : 46 expositions qui ont rassemblé 91 artistes, 105 résidences, plus de 120 Apéro Docs, une artothèque où l’on peut emprunter 147 œuvres réalisées par 119 artistes, le cap des 50 000 visiteur·ses franchi l’année dernière… Mais au-delà des chiffres, l’impact d’un lieu culturel sur son territoire reste une somme collective et impalpable, faite d’émotions, de souvenirs, de rencontres, d’échanges, de découvertes et d’enthousiasmes, parfois de désaccords et d’incompréhensions. Ces caractéristiques uniques de l’expérience culturelle, qui font sa saveur, provoquent aussi sa fragilité dans un monde où l’inquantifiable devient souvent dispensable.
S’attacher aux trajectoires d’artistes nées sur le territoire, qui ont pour certaines grandi en venant voir les expositions aux Capucins, ou qui ont pour d’autres découvert le lieu comme une ressource une fois leur diplôme d’art obtenu, c’est prendre encore un autre biais de mesure : celui de l’impact des lieux culturels en milieu rural sur les trajectoires de celles et ceux qui y grandissent et qui décident, parfois grâce aux portes qu’ils ouvrent dans l’imaginaire, de se dédier à la pratique artistique.
Cette exposition rassemble six artistes qui ont grandi dans les quatre coins des Hautes-Alpes, d’Éourres à La Grave, du Champsaur au Gapençais et à l’Embrunais, dans des familles d’artisan·es, d’alpinistes, de gardien·nes de refuge, de commerçant·es ou de sportif·ves, puis qui sont parties faire des études d’art à Rennes, Limoges, Montpellier, Cergy, Nantes ou Annecy. Âgées aujourd’hui de 25 à 33 ans, elles vivent désormais dans le Buëch, les Cévennes, les Pyrénées ou en ville, à Nantes, Paris ou Saint-Étienne. Toutes partagent un attachement fort, et une volonté de se relier au territoire où elles ont grandi, qui a forgé leurs sensibilités artistiques et leurs rapports à l’art, d’autant de façons qu’elles ont de parcours.
De leur attention fine à ce qui les entoure, elles tirent des gestes poétiques dont elles investissent les Capucins : Albanne Cannet del Litto peint avec les oxydes ferriques des pierres, Kwama Frigaux brode des opercules de médicaments dans les accrocs de filets agricoles, Tipoume - Paula Garin-Seignol réinterprète la délicatesse des écosystèmes lacustres, Daphné Kaincz fabrique des équipements de montagne plein de faux-semblants, Marie Lafaille imagine des objets-paysages inspirés de vision à hauteur d’enfants, Lou Lombard sculpte et déforme autant le bois, ses outils de travail que des équipements sportifs.
Leurs sensibilités composent un portrait de génération et constituent autant de façons de répondre aux questions qui ouvrent le livre de Marie Kock, Après le virage, c’est chez moi*, qui interroge la notion de chez-soi par rapport aux différentes géographies qu’on habite et traverse au cours de nos vies : “Où est-ce que vous habitez ? C’est où chez vous ? Et est-ce que, pour vous, ces deux interrogations appellent une seule réponse ?”

Mathilde Belouali

* Éditions La Découverte, 2025.

 

 

 

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